Interview de Laureline Besuchet, psychologue à l’Unité de développement du CHUV

 

Bonjour Laureline, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions, qui je l’espère intéresseront tous les parents et futures parents !

Tu reçois en consultation les enfants qui sont d’anciens prématurés et leurs parents. A quel âge ?

Il s’agit principalement de grands-prématurés nés à moins de 32 semaines de gestation ou ayant un poids inférieur à 1500 gr à la naissance. À 6 mois et 18 mois, c’est le pédiatre qui rencontre les enfants et leurs familles. Je les rencontre en binôme avec le pédiatre à 3 ans et demi, 5 ans et 8 ans et demi. A 8 ans et demi, nous recevons seulement les enfants qui pesaient moins d’un kg à la naissance. Mais un suivi supplémentaire peut aussi avoir lieu sur demande des parents, par exemple en cas de difficultés rencontrées à l’école.

Nous faisons ce suivi car les prématurés ont en général plus de risques d’avoir des troubles du développement ou des troubles des apprentissages. Cela-dit, l’évolution de cette population est hétérogène et chaque enfant a son propre parcours.

Qu’est-ce qui est le plus important pour la sécurité affective d’un nouveau-né ?

Des figures d’attachement disponibles physiquement et psychiquement. Mais pas 24h/24, les parents doivent aussi pouvoir prendre soin d’eux même pour pouvoir offrir cette disponibilité ! Le bébé a besoin de temps de qualité et d’attention. La constance des réponses aux signaux qu’il émet le rassure : cela l’aide à apprendre à anticiper et à développer une sécurité intérieure. Bien entendu, il a aussi besoin de soins corporels et que ses besoins de base soit assurés. Le portage, le fait de tenir l’enfant, l’affection, les caresses, l’aident à définir son enveloppe psychique et corporelle. Cela permet de créer une sorte de continuité entre le ventre de la maman et l’extérieur et de retrouver des limites rassurantes.

Quels sont les besoins d’un bébé prématuré ?

Les mêmes choses sont importantes mais de manière encore plus forte. Dans la couveuse, les soins médicaux priment, assurer la continuité est donc difficile. On essaie de la favoriser grâce à la technique du kangourou, qui consiste à placer bébé bien droit, allongé contre le torse d’un parent en peau à peau. Cela permet de tenir bébé au chaud et il peut sentir le rythme cardiaque et la respiration du parent. Les prématurés ont une peau très fine et pas encore tout à fait « finie ». Un toucher franc, sans forcément bouger les mains est mieux qu’une légère caresse ou un effleurement.

Il faut éviter la surstimulation (lumière, bruit, etc.). On essaie de réaliser un seul soin à la fois, pas tout en même temps à moins que cela ne soit nécessaire en raison de l’instabilité de sa santé.

Quelles sont les capacités sensorielles des nouveau-nés ?

Les réflexes neurologiques sont là. Le nouveau-né a beaucoup des capacités sensorielles, même si elles ne sont pas encore très développées. Il les utilise pour trouver le sein ou le biberon, tourner la tête vers la voix des parents, la lumière…  C’est déjà un être social qui met tout en œuvre pour communiquer, il va rapidement chercher le regard et ensuite commencer à sourire et à vocaliser !

Les parents ont parfois le sentiment de ne pas être à la hauteur… Que leur dis-tu ?

De ce sentiment peut découler une souffrance, qu’il est important d’accueillir et reconnaitre. Ca dépend de l’histoire du parent et de l’enfant et de leur dynamique relationnelle. Si c’est son désir, on propose au parent d’être soutenu. Une aide psychologique peut être bénéfique. Il existe des thérapies centrées sur les compétences parentales, qui visent à soutenir la relation parent-enfant, ou encore qui aident en cas de traumatisme périnatal (par exemple).

Mais les difficultés des parents peuvent aussi dépendre du tempérament du bébé ! Il y a des bébés qui sont par exemple facilement irritables… des tensions dans le corps du bébé peuvent changer son comportement et engendrer des émotions ambivalentes chez le parent.

Chaque parent peu de temps à autre éprouver cette ambivalence. Il ne faut pas banaliser, mais c’est normal dans une certaine mesure.

Tu suis actuellement une nouvelle formation pour élargir ta palette de techniques de soin, de quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’une formation sur la guidance interactive. Cette technique utilise le feedback par vidéo. On filme les interactions parent-enfant et on les regarde avec le parent. Cela aide à donner du sens à ce qui se passe dans la relation avec l’enfant et à accompagner le parent à développer ses propres stratégies pour faire face aux difficultés. L’idée c’est de faire ressortir les compétences du parent et de l’enfant. C’est une technique qui a été développée il y a 30 ans aux USA, et qui a été importée ensuite à Genève. Actuellement nous utilisons une technique similaire également en néonatologie au CHUV à Lausanne.

Tu as une petite fille de bientôt 3 mois. Qu’est-ce qui t’a le plus surpris chez ton bébé et dans vos relations ?

Je suis impressionnée par sa capacité à rester concentrée longtemps sur quelque chose ou quelqu’un. C’est formidable de découvrir son caractère, sa façon d’utiliser sa voix, de la voir apprendre…

Qu’est-ce qui a le plus changé dans ta vie ?

Tout ! Je rigole. Surtout la notion du temps. C’est hyper gratifiant de m’occuper de ma fille, mais c’est aussi un énorme investissement. Comme je ne fais pas grand-chose d’autre en ce moment, il y a parfois de la frustration. Ma façon de réfléchir a aussi changé, je remarque que je fais des efforts pour en apprendre plus sur mon bébé et je me focalise beaucoup moins sur autre chose.

 

Par Ji photo – Julie Picq pour l’ASPPNN